FLORBELA  ESPANCA

Poétesse portugaise née le 8 décembre 1894 à Vila Viçosa en Alentejo d'une liaison extraconjugale.

Sa mère Antonia da Conceiçao Lobo décédera Florbela étant encore très jeune, et son père Joao Maria Espanca ne la reconnaîtra que 19 ans après le décès de Florbela Espanca, et ce uniquement dans le but de percevoir les droits d'auteurs induits par la poésie de sa fille.

Malgré ces débuts difficiles, Florbela Espanca sera tout de même élevée au sein de la famille de sont père; figure souvent absente, Florbela Espanca ressentira toujours ceci comme une grande souffrance.

Elle fera son entrée au lycée de Evora; très belle, elle sera très courtisée. Cette époque verra également la publication de ses premiers poèmes dans divers journaux de l'époque.

A 19 ans elle épousera un de ses condisciples, Alberto Moutinho, mais la relation se dégradera très vite; la sensibilité romantique de Florbela Espanca ne fera que croître, alors que son mari s'endormait en l'écoutant réciter ses poésies.

Rapidement Florbela Espanca prendra la décision de s'installer à Lisbonne pour poursuivre des études de Droit, à une époque où au Portugal la place de la femme n'autorisait de tels comportements.

A Lisbonne elle fera la connaissance d'Antonio  Guimaraes, militaire, qui la séduira sans difficulté.

Très amoureuse, elle divorcera rapidement de Alberto Moutinho, et après une brève période de vie commune, épousera en deuxièmes noces Antonio  Guimaraes.

De formation militaire, macho et d'une grande inculture,  Alberto Moutinho ne correspond pas aux aspirations de Florbela Espanca et le couple rapidement se brisera. Florbela Espanca est même victime de sévices et coups de la part de son mari. Le divorce ne tardera pas à être prononcé.

1919 verra la première édition d'un ouvrage de Florbela Espanca : "Livro de Magoas" (Livre de Douleurs) qui sera suivi en 1923 d'un deuxième ouvrage "Livro de Soror Saudade" (Livre de Soeur Saudade).

Finalement, Florbela Espanca fera la connaissance d'un médecin de grande culture Mario Lage, qui l'épousera en troisièmes noces et cette fois ci devant l'Église.

Peu de temps après une énorme tragédie guette Florbela Espanca. Son frère  Apeles, de qui elle était très proche se suicidera le 6 juillet 1927 en s'écrasant volontairement avec son avion.

Florbela Espanca était très proche de son frère, certains critiques allant jusqu'à soupçonner une relation incestueuse. Certes certains poèmes de Florbela Espanca dédiés à la mémoire de son frère sont d'une écriture très libre, mais il ne s'agit que de l'emphase de la poétesse a toujours utilisé dans son oeuvre.

Cette tragédie troublera profondément Florbela Espanca et provoquera le début d'une profonde déprime.

Peu de temps après elle apprendra que l'insistance de son mari Mario  Lage à l'épouser religieusement n'était en fait qu'un stratagème pour cacher une liaison homosexuelle qu'il avait depuis de nombreuses années avec l'un de ses protégés.

Désespérée, Florbela Espanca cherchera encore la passion auprès du pianiste Luis Maria Cabral, mais uniquement pour découvrir rapidement ses penchants égalemnet homosexuels.

Provinciale, son entourage comprenait peu à son oeuvre qui resta en dehors de l'évolution littéraire de son temps. Le fait d'être une femme l'empêcha de participer aux cercles littéraires qui fréquentaient à l'époque tous les autres grands écrivains portugais; il ne faut pas oublier que Florbela Espanca est contemporaine de Fernando Pessoa.

Florbela Espanca a souffert souvent de calomnies et de rejet témoignés par la société petite bourgeoise dans laquelle elle évoluait et sera accusé d'être une séductrice démoniaques. Le fait qu'elle ne portait pas de soutien gorge et fumait, ainsi que certaines de ses oeuvres à connotation sexuelle y sont pour beaucoup.

Sa  poésie, qui malgré une forme toujours classique, prendra tout de même une tour de plus en plus amer et révolté et se caractérise également par un fort engagement personnel où la passion conduit tout. L'utilisation de la première personne deviendra de plus en plus fréquente. 

A cause de sa condition de femme, et à son grand regret, Florbela Espanca publiera peu de son vivant

Dans la nuit du 8 décembre 1930,  le jour de ses 36 ans,  Florbela après avoir écrit un de ses plus beaux sonnets "La Mort" se suicidera par l'absorption de barbituriques ...

Mort, Ma Dame Mort

tellement bonne doit être ton étreinte

Langoureuse et douce comme un doux ruban

Et comme une racine, rassurante et forte

..............................

Dame Mort aux doigts de velours

Ferme moi les yeux qui ont déjà tout vu

Prends moi les ailes qui ont tout survolé

 

Eu ...

Eu sou a que no mundo anda perdida,

Eu sou a que na vida nao tem norte,

Sou a irma do Sonho, desta sorte

Sou a crucificada ...a dolorida ...

 

Sombra de névoa ténue e esvanecida,

E que o destino amargo, triste et forte,

Impele brutalemente para a morte !

Alma de luto sempre incompreendida ! ...

 

Sou aquela que passa e ninguem ve ...

Sou a que chamam triste sem o ser ...

Sou a que chora sem saber porquê ...

 

Sou talvez a visao que Alguem sonhou,

Alguem que veio ao mundo pra me ver,

E que nunca na vida me encontrou !

 

Je ...

Je suis celle qui va par le monde égarée

Je suis celle dont la vie n'a pas de nord

Je suis la soeur du Rêve, de ce sort

Je suis la crucifiée, ... la douloureuse ...

 

Ombre de brume légère et dissipée,

Et que le destin amer, triste et fort

Pousse brutalement vers la mort !

Âme en deuil toujours incomprise.

 

Je suis celle qui passe et personne ne voit ...

Je suis celle que l'on dit triste sans l'être ...

Je suis celle qui pleure sans savoir pourquoi ...

 

Je suis peut être la vision que Quelqu'un a rêvé

Quelqu'un qui est venu au monde pour me voir

Et qui jamais dans la vie ne m'a rencontré

 

 

A Minha Dor

 

A minha Dor é um convento ideal

Cheio de clautros, sombras, arcadarias

Aonde a pedra em convulsoes sombrias

Tem linhas dum requinte escultural.

 

Os sinos têm dobres d'agonias

Ao gemer, comovidos, o seu mal ...

E todos têm sons de funeral

Ao bater horas, no correr dos dias ...

 

A minha Dor é um convento. Ha lirios

Dum roxo macerado dos martirios,

Tao belos como nunca os viu alguém !

 

Nesse dia trist convento aonde eu moro,

Noites e dias rezo e grito e choro !

E ninguém ouve ... ninguém vê ...   ninguém ...             

 

Ma Douleur

 

Ma douleur est un couvent idéal

Plein de cloîtres, ombres, arcades

Où la pierre en convulsions sombres 

A les lignes d'un raffinement scultural

 

Les cloches ont les glas de l'agonie

En gémissant, émues, leur mal

Et tous ont un son d'enterrement

En battant les heures, dans le couleur des jours

 

Ma douleur est un couvent. Il y a des lys

Du violet macéré des martyres

Si beaux comme jamais personne ne les a vus

 

Dans ce triste couvent où j'habite

Nuit et jour je prie et crie et pleure !

Et personne ne m'entend ... personne ne me voit ...personne ...

 

Este Livro ... 

Este livro é de magoas. Desgraçados

Que no mundo passais, chorai ao lê-lo !

Somente a vossa dor de Torturados

Pode talvez, senti-lo ... e compreendê-lo

 

Est livro é para vos. Abençoados

Os que o sentirem, sem ser bom nem belo !

Biblia de tristes ... O Desventurados,

Que a vossa imensa dor se acalme ao vê-lo !

 

Livro de Magoas ... Dores ... Ansiedaddes !

Livro de Sombras ... Névoas ... e Saudades !

Vai pelo mundo ... (trouxe-o no meu seio ...)

 

Irmaos na Dor, os olhos rasos de agua,

Chorai comigo a minha imensa magoa,

Lendo o meu livro so de magoas cheio ! ...

 

 

Ce livre ...  

Voici un livre de blessures. Infortunés

Qui passez dans le monde, pleurez en le lisant !

Seule votre douleur d’Ames torturées

Peut, peut-être, l’éprouver, ... et le comprendre ...  

 

Ce livre vous est destiné. Bienheureux

Ceux qui l’aimeront, sans être ni bon ni beau !

Bible des tristes... Ô Malheureux,

Que votre immense peine en le voyant s’apaise !   

 

Livre de Blessures... Douleurs... Angoisses !

Livre d’Ombres... Brouillards ... et Saudades !

Il va de par le monde... (En mon sein je l’ai porté...) 

Frères de Peine, aux yeux noyés de larmes,

Pleurez avec moi ma douleur immense,

En lisant mon livre qui n’est que blessures !...»

 

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