PSYCHÉ

Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne...

Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux

Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encore ... Personne

N'est plus heureux ce soir, n'est plus divin que nous.

 

Une immense tendresse attire à travers l'ombre

Nos yeux presque fermés. Que reste t il encor

Du baiser qui s'apaise et du soupir qui sombre?

La vie a retourné notre sablier d'or.

 

C'est notre heure éternelle, éternellement grande,

L'heure qui va survivre à l'éphémère amour

Comme un voile embaumé de rose et de lavande

Conserve après cent ans la jeunesse d'un jour.

 

Plus tard, ô ma beauté, quand les nuits étrangères

Auront passé sur vous qui ne m'attendrez plus,

Quand d'autres , s'il se peut, amie aux mains légères,

Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

 

Rappelez -vous qu'un soir nous vécûmes ensemble

L'heure unique ou les dieux accordent, un instant,

A la tête qui penche, à l'épaule qui tremble,

L'esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

 

Rappelez vous qu'un soir, couché sur notre couche,

En caressant nos doigts frémissants de s'unir

Nous avons échangé de la bouche à la bouche

La perle impérissable ou dort le souvenir.

Pierre LOUYS

Le coin des Ballades            Accueil            Le coin de la Poésie

De la Poésie sans illustrations ...