VAGABONDAGES NICOIS

O Nice! Heureux séjour, montagnes renommées,

De lavande, de thym, de citron parfumées,

Que de fois, sous tes plants d’oliviers toujours verts

Dont la pâleur s’unit au sombre azur des mers,

J’égarai mes regards sur ce théâtre immense !

Combien je jouissois, soit que l’onde en silence,

Mollement balancée et roulant sans effort,

D’une frange d’écume allât ceindre ses bords,

Soit que son vaste sein se gonflât de colère !

J’aimois à voir le flot, d’abord ride légère,

De loin blanchir, s’enfler, s’allonger et marcher,

Bondir tout écumant de rocher en rocher,

Tantôt se déployer comme un serpent flexible,

Tantôt, tel un tonnerre, avec un bruit horrible,

Précipiter sa masse et de ses tourbillons

Dans les rocs caverneux engloutir les bouillons.

Ce mouvement, ce bruit, cette mer turbulente,

Roulant, montant, tombant en montagne écumante,

Enivrait mon esprit, mon oreille mes yeux ;

Et le soir me trouvait immobile en ces lieux.

Jacques Delille (1738 - 1813)